Accord BBNJ : le Togo étend la mobilisation aux acteurs du littoral et aux médias

Protéger la biodiversité marine ne doit pas être l’affaire seulement des experts et des institutions publiques. Au Togo, la dynamique autour de l’Accord BBNJ s’étend progressivement aux collectivités territoriales, aux communautés côtières, aux associations de la société civile et aux professionnels des médias. C’est dans ce cadre que le Haut Conseil pour la Mer (HCM), avec l’appui de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a organisé à Lomé, du 20 au 27 août 2026, une série d’ateliers de sensibilisation et de renforcement des capacités.

Ces ateliers, organisés dans le cadre du West Africa Sustainable Ocean Programme 3 (WASOP3), ont reçu le soutien financier de l’Union européenne. L’objectif est d’aider à mieux comprendre l’Accord relatif à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, connue sous le nom d’Accord BBNJ.

Du niveau institutionnel aux communautés

Après une première phase dédiée aux administrations publiques et aux services techniques, la sensibilisation s’est poursuivie avec les collectivités territoriales, les communautés côtières, les chefs traditionnels et les organisations de la société civile.

L’objectif est d’approcher les enjeux de la gouvernance internationale des océans avec les réalités des populations du littoral. Selon les organisateurs, une appropriation réelle du BBNJ passe inévitablement par l’engagement des acteurs qui vivent quotidiennement près des écosystèmes marins et côtiers.

Les collectivités locales et les associations communautaires deviennent ainsi des relais pour informer les populations. Leur proximité avec les habitants est un atout pour partager les informations sur la protection des ressources marines et encourager les comportements favorables à l’environnement.

La chefferie traditionnelle joue également un rôle important dans cette démarche, notamment en mobilisant les communautés et en valorisant les connaissances locales liées à la préservation des ressources naturelles.

Un accord international avec plusieurs enjeux

Adopté le 19 juin 2023 sous l’égide des Nations unies et entré en vigueur le 17 janvier 2026, l’Accord BBNJ est un instrument important de la gouvernance internationale des océans. Il vise à conserver et à utiliser durablement la biodiversité marine dans les espaces qui ne relèvent pas de la juridiction nationale.

Ce traité se base sur quatre axes principaux : les ressources génétiques marines et leur partage équitable, les outils de gestion par zone, incluant les aires marines protégées, les évaluations d’impact environnemental, ainsi que le renforcement des capacités et le transfert technologique.

Pour un pays comme le Togo, dont l’économie dépasse largement le littoral, l’enjeu la simple protection de l’environnement. Il touche aussi à la recherche scientifique, à l’économie bleue, à la pêche, à l’innovation, au financement et à la coopération internationale.

Les médias, clé de la sensibilisation

La dernière étape de ces ateliers, organisés les 26 et 27 août, a concerné les journalistes et les communicateurs. Environ quarante professionnels ont été formés pour mieux comprendre les concepts et les enjeux liés au BBNJ, afin de les partager avec le public.

Selon le HCM, les médias ont un rôle particulier dans la création d’une culture maritime nationale. Il s’agit notamment de rendre accessibles des notions scientifiques, juridiques et techniques qui peuvent sembler complexes au grand public.

Les journalistes sont ainsi invités à varier leurs sources, à donner la parole aux chercheurs, aux pêcheurs, aux communautés côtières, aux femmes impliquées dans la transformation des produits halieutiques et à d’autres acteurs de l’économie bleue.

Cette approche devrait permettre de faire du BBNJ non seulement une question de droit international, mais aussi un sujet de société, directement lié à l’avenir des océans et à la qualité de vie des citoyens.

De la ratification à la mise en œuvre

Le Togo a franchi une étape importante avec l’adoption définitive, le 25 août 2026, du projet de loi autorisant la ratification de l’Accord BBNJ par le Parlement. La prochaine étape est sa promulgation et sa publication au Journal officiel.

Cette avancée désormais la voie à une phase plus axée sur l’application. Le défi consiste à traduire les engagements internationaux en actions concrètes au niveau national, notamment via le renforcement des compétences, l’adaptation du cadre juridique, la recherche scientifique, la collecte de données et la coopération.

La première Conférence des Parties à l’Accord BBNJ, prévue en janvier 2027 à New York, est déjà une échéance majeure pour les États parties. Le Togo devra donc poursuivre ses efforts de préparation et de coordination pour défendre au mieux ses intérêts et participer efficacement aux mécanismes de gouvernance de la haute mer.

Créer une responsabilité commune

À travers cette série d’ateliers, le HCM et l’UICN soulignent une conviction : le succès de la gouvernance durable des océans repose sur une mobilisation qui va au-delà des administrations.

Les administrations publiques, communes côtières, chercheurs, chefs traditionnels, associations de base, communautés littorales et médias doivent tous jouer leur rôle.

L’enjeu est maintenant de transformer la sensibilisation en actions concrètes et durables. Car protéger la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales suppose également de renforcer, sur le territoire national, une culture de protection de la mer, fondée sur la connaissance, la responsabilité et la participation de tous.

Pour le Togo, l’appropriation du BBNJ représente ainsi une nouvelle opportunité de renforcer sa gouvernance maritime et de promouvoir une économie bleue durable, inclusive et résiliente, pour le bien des générations présentes et futures.