Déclaration de la CAOPA pour le Sommet UA – UE (Luanda, Angola, Novembre 2025)
Alors que les gouvernements africains et européens se réunissent à Luanda en Novembre 2025, la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) les appelle à s’appuyer sur les engagements pris lors du 6ème Sommet UA – UE (Bruxelles, 2022) et de la 6ème Conférence ministérielle UA – UE sur l’agriculture (Rome, 2025), afin de tracer une nouvelle voie lors du Sommet UA – UE de Luanda, garantissant que la pêche artisanale africaine soit pleinement reconnue comme un pilier central des systèmes alimentaires durables en Afrique.
Lors du Sommet UA – UE de 2022, les chefs d’État et de gouvernement ont adopté une Vision conjointe à l’horizon 2030, soulignant des engagements partagés en faveur des droits humains, de l’égalité de genre, de la protection du climat et de la biodiversité, ainsi que d’une croissance inclusive – reconnaissant la sécurité alimentaire et la nutrition comme des éléments essentiels de la prospérité et de la résilience des citoyens africains. La Feuille de route vers 2030 : Co-piloter le partenariat Afrique – Europe pour les océans a, quant à elle, marqué un renouveau de la coopération en matière de gouvernance des océans, de développement des capacités et d’investissement dans l’économie bleue. Lors de la 6ᵉ Conférence ministérielle UA – UE sur l’agriculture, les ministres ont réaffirmé leurs engagements communs à renforcer la coopération pour des systèmes agroalimentaires durables et résilients ; à soutenir l’adaptation au changement climatique et la restauration des écosystèmes ; et à promouvoir des chaînes de valeur inclusives créant des emplois décents et autonomisant les femmes et les jeunes.
Le Sommet UA – UE de Luanda doit être le moment où l’Afrique et l’Europe reconnaissent que des systèmes alimentaires africains durables signifient prendre en compte l’ensemble des espaces productifs – terres cultivées, pâturages, mers et rivières – et que les pêcheries artisanales africaines sont essentielles à la réalisation de leurs engagements communs. Les pêcheries artisanales africaines sont indispensables à la mise en place de systèmes alimentaires durables sur le continent. Elles fournissent des “aliments bleus” abordables et nutritifs, principale source de protéines animales pour des millions d’Africains, notamment dans les communautés côtières et au-delà. Les pêcheurs, transformatrices et commerçants artisans – dont une majorité de femmes – créent des emplois, approvisionnent les marchés locaux et régionaux, et garantissent la disponibilité alimentaire tout au long de l’année.
En s’appuyant sur les écosystèmes locaux et des techniques de pêche à faible impact, plutôt que sur des intrants intensifs et coûteux, la pêche artisanale représente un modèle de système alimentaire bas carbone. Renforcer la pêche artisanale africaine à travers des politiques inclusives, des mesures d’adaptation climatique et des investissements dans les chaînes de valeur est donc essentiel pour bâtir des systèmes alimentaires africains résilients, équitables et durables. Les communautés africaines de pêche artisanale sont des acteurs clés de l’adaptation au changement climatique et de la restauration des écosystèmes. Partout sur le continent, les pêcheurs et transformatrices artisans mènent des initiatives communautaires de restauration des mangroves, de protection des zones de reproduction, de renforcement des barrières naturelles protégeant les côtes contre l’érosion et les inondations, et de renouvellement des ressources halieutiques.
En diversifiant leurs moyens de subsistance – par exemple à travers la petite aquaculture (huîtres, etc.) -, ils renforcent également la résilience sociale face aux chocs climatiques. Soutenir ces communautés par des investissements ciblés, la reconnaissance des systèmes de gouvernance locale et leur inclusion dans les plans nationaux d’adaptation au changement climatique renforcerait considérablement l’impact des engagements conjoints UA – UE en matière de résilience climatique et de restauration des écosystèmes.
Les pêcheries artisanales africaines constituent un puissant moteur d’autonomisation des femmes et des jeunes à travers le continent. Les femmes jouent un rôle essentiel dans l’ensemble des chaînes de valeur de la pêche artisanale, notamment dans les activités post-capture – transformation et commercialisation du poisson -, tandis que les jeunes s’impliquent de plus en plus dans la pêche et les entreprises à valeur ajoutée. Ces rôles ne se limitent pas à générer des revenus : ils soutiennent les chaînes d’approvisionnement alimentaires et renforcent la cohésion des communautés côtières. Cependant, les femmes et les jeunes rencontrent encore des obstacles, tels que l’accès limité au crédit, à la formation et aux espaces de décision. Reconnaître et appuyer leur contribution par des investissements ciblés dans l’innovation (par exemple, l’utilisation de l’énergie solaire pour la chaîne du froid, la sécurité en mer, etc.), l’inclusion financière, le développement des compétences et la représentation dans les processus politiques permettrait de maximiser le potentiel des pêcheries artisanales africaines pour la création d’emplois décents, l’innovation et des moyens de subsistance durables. La CAOPA appelle donc les chefs d’État et de gouvernement de l’UA et de l’UE réunis à Luanda à :
1. Aligner la coopération dans le domaine des pêches africaines, en particulier artisanales, sur celle du secteur agricole et sur l’agenda plus large des systèmes alimentaires, tel que prévu dans la Vision conjointe pour 2030, à opérationnaliser à travers les engagements de Luanda ; veiller à ce que la mise en œuvre de la Feuille de route vers 2030 sur la gouvernance des océans et l’économie bleue soit fondée sur les droits et inclusive, intégrant les Directives du CSA de la FAO sur la pêche artisanale (SSF Guidelines), reconnaissant les systèmes de gouvernance locale, et garantissant une participation et des bénéfices équitables pour les pêcheurs artisans, les femmes et les communautés côtières.
2. Assurer un investissement dédié à la pêche artisanale africaine dans le cadre des instruments financiers UA – UE (NDICI, EFSD+), en cohérence avec la Feuille de route UA – UE pour 2030 et la Stratégie et le Plan d’action du PDDAA 2026 – 2035.
3. Inclure le secteur des pêches dans les programmes UA – UE d’adaptation au changement climatique et de résilience, notamment à travers des actions conjointes de protection côtière communautaire, de restauration des mangroves et de promotion de moyens de subsistance durables, afin d’atteindre les objectifs communs de sécurité alimentaire et climatique à l’horizon 2030.
4. Garantir la participation éclairée des organisations de la pêche artisanale – y compris des femmes et des jeunes – à la mise en œuvre et au suivi des résultats du Sommet de Luanda, ainsi qu’à la gouvernance conjointe UA – UE des océans et des pêches.
Le Sommet UA – UE de Luanda sera une occasion pour les gouvernements de transformer leurs engagements politiques en faveur de systèmes alimentaires durables, de la résilience climatique et de chaînes de valeur inclusives en programmes concrets soutenant les communautés côtières africaines et garantissant l’utilisation durable des ressources marines. Renforcer la pêche artisanale africaine est le socle d’un partenariat océanique juste et durable.
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