Sécurité maritime dans l’océan Indien : le CGIMA resserre les rangs face à la montée des risques

Plus de 130 représentants de 16 pays, de 26 organisations régionales, internationales et non-étatiques, de quatre universités et de deux think tanks se sont retrouvés le 24 juillet à Port-Louis pour la 3ème session plénière du Groupe de contact sur les activités illicites en mer (CGIMA). Organisée en format hybride sous la présidence des Seychelles, cette rencontre a clôturé l’EU Maritime Security Week, ouverte le 21 juillet.

Un environnement maritime de plus en plus instable

Les échanges ont permis de dresser un état des lieux des menaces qui pèsent sur l’océan Indien occidental et sur la façon dont les différents acteurs de la région – États, organisations régionales, partenaires internationaux, associations de gens de mer, industrie maritime et missions navales – coordonnent leur action. Un constat s’est imposé à l’ensemble des participants : les crises internationales ouvrent des brèches que les réseaux criminels n’hésitent pas à exploiter en mer, rendant le renforcement des dispositifs régionaux de sécurité maritime indispensable, tant pour les pays de la région que pour la communauté internationale, compte tenu du poids stratégique des routes et points de passage maritimes concernés.

Les tensions au Moyen-Orient continuent de fragiliser des axes maritimes essentiels comme les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, créant un terreau favorable à la criminalité organisée en mer. La résurgence de la piraterie somalienne en est une illustration frappante : largement jugulée au début des années 2010 grâce à une mobilisation collective, elle n’a jamais complètement disparu. Depuis novembre 2023, 74 incidents ont été recensés, et quatre navires ainsi que leurs équipages demeurent aujourd’hui retenus en otage.

À ces risques s’ajoutent des attaques répétées contre les navires marchands – la plus récente ayant visé un pétrolier le 22 juillet – ainsi que des trafics illicites persistants. En avril, une opération conjointe menée par les Seychelles, la France et Maurice dans le cadre de l’Architecture régionale de sécurité maritime a permis la saisie de 271 kg de stupéfiants.

Le CGIMA, une plateforme de coordination éprouvée

Face à ces défis, le CGIMA continue de s’affirmer comme le forum de référence pour rassembler les parties prenantes, favoriser le partage d’informations, développer des synergies opérationnelles et fédérer l’action des États côtiers comme des missions navales internationales.

Le Major General Rosette, des Seychelles et président en exercice du groupe, a rappelé l’importance de l’information comme atout stratégique, soulignant que le CGIMA permet précisément de partager les expériences et de coordonner les actions entre partenaires. Il a réaffirmé la volonté du groupe d’élargir la portée du mécanisme afin de garantir durablement la sécurité des espaces maritimes de la région.

En ouverture des travaux, le ministre seychellois de l’Intérieur et des Affaires civiles, James Camille, a mis en avant le caractère unique du CGIMA : seul forum international de la région, il a été créé en 2009 par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour réunir un large éventail d’acteurs engagés dans la lutte contre les activités illicites en mer. Le mécanisme donne ainsi aux États insulaires et côtiers les moyens de porter une voix commune et d’orienter les appuis internationaux vers les priorités propres à la région.

Une mobilisation internationale de grande ampleur

Aux côtés des États et organisations de la région – dont la Commission de l’océan Indien – le CGIMA fédère plusieurs puissances internationales, parmi lesquelles les États-Unis, l’Inde, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni, l’Australie, la Chine et la Russie. Il associe également des partenaires multilatéraux comme les Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine, ainsi que des missions navales et militaires telles qu’EU NAVFOR Atalanta, EU NAVFOR ASPIDES, les Combined Maritime Forces ou encore l’UKMTO.

Le groupe s’appuie par ailleurs sur les mécanismes régionaux de sécurité maritime existants – les Centres régionaux de Fusion d’information maritime (CRFIM) et de Coordination opérationnelle (CRCO), ainsi que le Code de conduite de Djibouti et son Amendement de Jeddah – et sur des associations internationales de transport maritime et d’assistance humanitaire.

Au-delà du partage d’information et des synergies opérationnelles, le Groupe de contact s’attache également au traitement judiciaire des activités illicites en mer, à l’assistance humanitaire apportée aux équipages victimes de crimes maritimes et à la sécurisation des routes commerciales – autant de chantiers où aucun acteur ne peut, seul, apporter de réponse durable.