Contre-Amiral Mohamed Lamine Fadika, Figure Emblématique de l’Histoire Maritime Africaine Contemporaine

Né le 22 août 1942 à Man, grande ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire, Mohamed Lamine FADIKA est une figure emblématique de l’histoire maritime africaine contemporaine. Sa brillante carrière, jalonnée d’initiatives pionnières et de responsabilités d’envergure internationale, témoigne d’un engagement profond pour l’émergence maritime, navale, portuaire et environnementale de la Côte d’Ivoire et du continent africain.
1962 – 1966 : Une formation d’excellence entre Abidjan et la France
En juin 1962, il obtient un Baccalauréat de Mathématiques Élémentaires avec mention Bien au Lycée Classique d’Abidjan. Il poursuit ensuite des études de Mathématiques Supérieures et Spéciales en France, dans le but de préparer le concours d’entrée à l’École navale de Brest. En 1963, il est lauréat du prestigieux Concours Général Zellidja, recevant le premier prix pour une étude sur Le Corbusier et l’architecture moderne du sacré : cas de la chapelle de Ronchamp (Belfort) et du couvent dominicain de la Tourette (Lyon).
En 1964, il est admis à l’École navale française de Brest, où il obtient le Certificat « Proficiency » en anglais, avant d’être diplômé ingénieur de l’École navale en 1966, avec également des diplômes en mathématiques et en physique.
1967 – 1974 : Premier officier ivoirien de la Marine nationale et ascension militaire
En juillet 1967, il devient le premier officier ivoirien de la Marine nationale. Il est promu enseigne de vaisseau de 1re classe en septembre 1967, lieutenant de vaisseau en avril 1969, puis commandant adjoint de la Marine en janvier 1970. Il est nommé commandant de la Marine Nationale en août 1970.
En 1973, il devient attaché militaire des Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris. Entre 1973 et 1974, il fréquente l’École supérieure de guerre navale de Paris, obtenant le Brevet d’Études Militaires Supérieures en juillet 1974. Il est promu capitaine de corvette en avril 1974.
1975 – 1987 : Diplomatie maritime, réformes portuaires, rayonnement international et engagement environnemental
En mai 1975, il devient président-fondateur de la Conférence Ministérielle des États de l’Afrique de l’Ouest et du Centre sur les Transports Maritimes (CMEAOC/ TM). La même année, il devient le président du Groupe Africain à la 3e session de la IIIe Conférence des Nations unies sur le Droit de la Mer tenue à Genève, conférence qui a élaboré et fait adopter par l’ONU le nouveau Droit International de la Mer, avec l’émergence du concept de « Zone Économique Exclusive » de 200 milles marins, bénéficiant de la contribution originale et déterminante du Groupe Africain. En 1977, il est promu capitaine de frégate.
Entre 1976 et 1986, ont été conduites sous son autorité et à son initiative, des actions pionnières qui ont fait du Port Autonome d’Abidjan, un modèle unique en Afrique subsaharienne (Mise en place de la comptabilité analytique, Construction du terminal à conteneurs équipé de portiques, Mise en place d’un régime social d’assurance maladie pour les travailleurs des Ports ivoiriens, et construction de grands centres de santé à San-Pédro).
Président des colloques internationaux de l’exploitation des océans, dénommé « OCEANEXPO 80 », et tenus à Bordeaux en mars 1980, il préside en mars 1981 la Conférence des Plénipotentiaires des États de l’Afrique de l’Ouest et du centre, qui a élaboré et adopté le Plan d’Action d’Abidjan et la Convention d’Abidjan pour la Protection de la Mer et la Mise en Valeur du Milieu Marin dans les vingt-cinq États subsaharien.
En juin 1983, il est élu à l’unanimité Président du Groupe Africain et Président du Groupe des 77 pour les questions maritimes, lors de la 6e session de la CNUCED à Belgrade. En sa qualité de Président du Groupe des 77, il a été porte-parole des 125 jeunes nations en développement dans le dialogue Nord-Sud sur le Nouvel Ordre Mondial de la Mer. Du 18 novembre 1983 au 17 décembre 1987, il dirige la Politique nationale en matière navale, maritime et portuaire, ainsi que dans le domaine de l’environnement marin et lagunaire.
Le 21 mai 1984, il est nommé par décret présidentiel, Président de la Commission Nationale de l’Environnement, chargé de la coordination, de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique ivoirienne globale de l’environnement, aussi bien au niveau national qu’international.
En juillet 1984, il est élu à l’unanimité des cent délégations présentes à la session, Président de la Conférence des Plénipotentiaires des Nations-Unies sur les Conditions d’Immatriculation des navires. En mars 1985, il est nommé membre de la Commission mondiale des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement. Cette commission de vingt membres, créée lors de la 37e session de l’Assemblée Générale de l’ONU, en avril 1984, a eu pour mission de conduire une étude sur les interactions environnement et développement au niveau mondial, et ce dans les perspectives du développement international à l’horizon de l’an 2000 et au-delà.

1993 – 1999 : Vision énergétique et projets structurants pour la Côte d’Ivoire
En mars 1993, il est élevé au grade de contre-amiral. De décembre 1993 à janvier 1996, sous l’autorité du Président Henri Konan Bédié, il initie et réalise une politique énergétique nationale et de portée internationale hardie : projet d’électrification de 250 villages par an en Côte d’Ivoire et projet de « Toile d’Araignée Énergétique sous-régionale en Afrique de l’Ouest » à partir du pôle de la Côte d’Ivoire. En janvier 1996, il crée et lance le projet industriel « Abidjan, futur Rotterdam d’Afrique », pour faire d’Abidjan une ville stratégique dotée d’importantes infrastructures en Afrique de l’Ouest, un grand centre régional et un « HUB » pétrolier international à travers une croissance forte et soutenue du secteur du pétrole et du gaz, nouvelle locomotive de l’économie de la Côte d’Ivoire pour les prochaines décennies. En juillet 1997, il reçoit à Paris l’Oscar des Oscars des managers Africains pour l’année 1997.
Hommages et postérité
En reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la nation ivoirienne et au continent africain, un patrouilleur hauturier de type P400 de la Marine ivoirienne porte aujourd’hui son nom : « CONTRE-AMIRAL FADIKA ». Cet hommage symbolique rappelle le parcours exceptionnel de cet officier, pionnier de la Marine nationale ivoirienne, artisan du développement portuaire, diplomate naval et visionnaire.
Recherche et écriture par Pascaline ODOUBOUROU

