Côte d’Ivoire – Pisciculture : deux formules d’aliments locaux pour réduire les coûts de production du tilapia
La réduction du coût des aliments, principal poste de dépense dans la production piscicole, constitue un enjeu majeur pour le développement de l’aquaculture en Côte d’Ivoire. Pour y répondre, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à travers son programme FISH4ACP, accompagne les acteurs de la filière dans la mise au point de solutions locales, accessibles et adaptées aux besoins du tilapia.
C’est dans cette dynamique qu’une deuxième formation consacrée à la formulation et à la production d’aliments pour poissons s’est tenue à Abidjan, du 7 au 11 septembre 2026. Cette session a notamment permis de présenter et d’analyser les résultats des essais réalisés à partir de deux formules développées dans le cadre du programme.
Des résultats prometteurs pour les aliments produits localement
Cette étape fait suite à une première session organisée en juillet 2025, qui avait permis de former une vingtaine de producteurs d’aliments à l’utilisation d’outils de formulation nutritionnelle.
« Ces formulations ont d’abord été testées expérimentalement en station. Aujourd’hui, nous avons obtenu des résultats et nous les expérimentons auprès des pisciculteurs. Et cela a donné de bons résultats », explique Djiré Foungnigué, administratrice nationale du programme FISH4ACP.
L’ambition est de permettre aux fabricants ivoiriens de proposer des aliments à la fois performants, accessibles et compétitifs face aux produits importés.
« L’idée est de renforcer nos producteurs d’aliments locaux pour qu’ils puissent fabriquer des produits compétitifs, à des prix inférieurs à ceux qui sont importés, tout en améliorant leur compétitivité sur le marché et en produisant des aliments de qualité », souligne-t-elle.
Deux formulations ont particulièrement retenu l’attention. La formule 90, dont le coût de production correspond à environ 90 % du prix de l’aliment importé de référence, présente de bonnes performances en cage et en bassin. La formule 70, dont le coût représente environ 70 % du prix de référence, s’est quant à elle révélée particulièrement performante en étang.
Valoriser les ressources disponibles en Côte d’Ivoire
Les essais démontrent également la possibilité de fabriquer localement des aliments de qualité à partir de matières premières et de coproduits disponibles sur le marché ivoirien.
Parmi les principaux intrants utilisés figurent notamment le maïs, le soja et le tourteau de soja, ainsi que des coproduits issus des industries du riz et du blé, des coproduits de poissons et différents additifs.
Les producteurs entre satisfaction et défis
Les premiers résultats suscitent l’intérêt des fabricants locaux. Moussa Sylla, responsable administratif chargé des ventes à SAEFAE, société d’agro-élevage et de fabrication d’aliments basée à Daloa, estime que la démarche repose sur un travail scientifique solide.
« On a vu qu’il y a eu un travail scientifique et professionnel qui a été fait », témoigne-t-il.
Il relève cependant la nécessité de poursuivre les efforts sur la disponibilité et la qualité de certaines matières premières, notamment la farine de poisson.
« La difficulté première se trouve au niveau de la farine de poisson de qualité surtout, et c’est sur ce point qu’on doit beaucoup travailler », explique-t-il.
Pour Diarrassouba Vamoussa, producteur d’aliments à Sinfra depuis 2019, les résultats sont également encourageants : « On nous a fait sortir des formules qui sont très bonnes déjà. Avec les résultats qu’on nous a présentés, vraiment je suis confiant. »
Il souligne toutefois une autre contrainte liée aux équipements de production. « Les unités de production d’aliments de poissons que nous avons ici ne sont pas trop adaptées à faire de jolis granulés comme les aliments importés », observe-t-il.
L’amélioration des équipements apparaît ainsi comme un autre levier essentiel pour permettre aux fabricants locaux de produire des aliments répondant aux standards de qualité et de présentation attendus sur le marché.
poissons et des crevettes, qui dirige une station de recherche en France et intervient dans le cadre des formations FISH4ACP, l’objectif des essais était de rapprocher autant que possible les formulations locales des besoins nutritionnels du tilapia.
« L’objectif était de montrer dans quelle mesure les Ivoiriens pouvaient produire des aliments de qualité équivalente en termes de performance, et parfois même meilleure en termes de retour sur investissement », explique-t-il.
Les résultats obtenus sont encourageants. « Les formules fabriquées en Côte d’Ivoire sont, d’un point de vue technique, parfois équivalentes, mais systématiquement plus intéressantes du point de vue économique », souligne le spécialiste.
Au-delà de la seule formulation, la démarche vise donc à renforcer l’ensemble de l’écosystème local de production d’aliments pour poissons, depuis l’accès aux matières premières jusqu’à la capacité de transformation et à la qualité des granulés.
Vers une aquaculture ivoirienne plus compétitive
Le programme FISH4ACP est une initiative de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP), mise en œuvre par la FAO avec le soutien financier de l’Union européenne et du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).
En Côte d’Ivoire, le programme intervient spécifiquement sur la chaîne de valeur du tilapia d’élevage. À travers l’accompagnement des producteurs, le renforcement des capacités techniques et la promotion d’intrants locaux, FISH4ACP entend contribuer à réduire les coûts de production et à améliorer la rentabilité des exploitations piscicoles.
La mise à l’essai de ces deux formules constitue ainsi une étape importante vers une production locale d’aliments plus accessible, plus compétitive et davantage adaptée aux réalités de la pisciculture ivoirienne.
À terme, l’enjeu est de contribuer à l’émergence d’une aquaculture ivoirienne moderne et compétitive, capable d’accroître l’offre nationale de poisson, de créer davantage d’opportunités économiques pour les acteurs de la filière et de participer au renforcement de la sécurité alimentaire du pays.
Source : FAO


