Libéria : La LACC blanchit Emma Metieh Glassco, figure clé de l’économie bleue en Afrique de l’Ouest

La Commission anticorruption du Liberia (LACC) a officiellement blanchi Emma Metieh Glassco des accusations de corruption liées à la gestion de fonds de la Banque mondiale. Cette décision intervient dans un contexte où la gouvernance maritime en Afrique et la crédibilité des institutions sont devenues des piliers essentiels du développement de l’économie bleue en Afrique.

Ancienne Directrice générale de la National Fisheries and Aquaculture Authority (NaFAA) et personnalité reconnue du secteur maritime en Afrique – notamment distinguée dans la Maritimafrica List 2024 – Emma Metieh Glassco voit ainsi son nom formellement réhabilité à l’issue de plusieurs mois d’enquête.

Une décision officielle de la LACC après plusieurs mois d’investigation

Dans une correspondance datée du 23 décembre 2025, la Liberia Anti-Corruption Commission (LACC) a conclu que les éléments examinés ne permettaient pas d’établir une intention criminelle ou une responsabilité pénale de la part d’Emma Metieh Glassco.

L’enquête portait sur l’utilisation de plus de 800 000 dollars américains issus d’un projet financé par la Banque mondiale, notamment pour la construction du nouveau siège de la NaFAA à Bushrod Island. Après analyse des documents financiers et administratifs, la Commission a estimé que le seuil de culpabilité pénale n’était pas atteint.

Cette conclusion s’aligne avec les contrôles antérieurs menés dans le cadre des procédures des bailleurs de fonds internationaux, incluant l’examen par les unités de gestion de projets et les mécanismes nationaux de supervision financière.

Gouvernance maritime et gestion des financements internationaux

Au cœur du dossier figurait la gestion des ressources du Liberia Sustainable Management of Fisheries Project, un programme stratégique pour la pêche et l’aquaculture en Afrique et pour la structuration durable du secteur halieutique libérien.

Emma Metieh Glassco a toujours soutenu que les décaissements respectaient les directives de passation de marchés et les procédures de « non-objection » de la Banque mondiale, avec un traitement via l’unité de gestion financière des projets du ministère des Finances, conformément aux procédures des bailleurs de fonds.

Dans un environnement où les investissements dans l’économie bleue en Afrique se multiplient, la transparence et la conformité aux standards internationaux demeurent essentielles pour renforcer la confiance des partenaires techniques et financiers. Cette affaire illustre les exigences croissantes en matière de gouvernance maritime en Afrique et de gestion des fonds destinés au développement durable maritime en Afrique.

Suspension présidentielle et recours régional

Les difficultés judiciaires d’Emma Metieh Glassco ont débuté en février 2025 lorsque le président Joseph Boakai a prononcé sa suspension à la suite de recommandations du conseil d’administration de la NaFAA.

Le gouvernement avait alors présenté cette mesure comme conservatoire, invoquant des préoccupations liées à la gestion administrative et financière. Contestant la légalité de sa révocation, Mme Glassco a saisi la Cour de justice de la CEDEAO (ECOWAS Community Court of Justice), invoquant un licenciement abusif et des violations de ses droits au titre de l’article 20(a) de la Constitution ainsi que des dispositions encadrant la gouvernance de la NaFAA. La juridiction régionale a enregistré sa requête et accordé au gouvernement libérien 30 jours pour répondre.

En novembre 2025, avant même sa mise hors de cause officielle, Mme Glassco a démissionné pour des raisons personnelles. Le président Boakai a accepté sa démission et l’a remerciée pour ses services rendus au secteur libérien des pêches et de l’aquaculture.

Cette séquence s’est déroulée dans un contexte de transition politique post-électorale au Libéria, Mme Glassco ayant été nommée en 2022 sous l’administration de George Weah.

Pour de nombreux observateurs du secteur en Afrique, ce cas met en lumière la sensibilité des nominations techniques lors des alternances politiques.

Un bilan structurant pour la pêche et l’économie bleue au Libéria

Au-delà de la controverse, le mandat d’Emma Metieh Glassco a marqué un tournant pour la structuration de la pêche et de l’économie bleue au Libéria.

Durant son mandat, Mme Glassco a mobilisé des financements internationaux pour le secteur des pêches, renforcé la conformité du Libéria aux normes de l’Union européenne contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INN), et accru la visibilité du pays dans la gouvernance régionale des pêches.

Elle a développé et rendu opérationnel un Système de gestion de l’information halieutique (Fisheries Information Management System – FIMS), accompagné d’un tableau de bord destiné à améliorer la transparence et la prise de décision fondée sur des données probantes.

Son mandat a également permis la mise en place de programmes durables de subsistance pour les communautés de pêcheurs, notamment par la création d’associations de cogestion, la mise en œuvre de programmes d’échange de filets, la transition des pirogues à pagaie vers des embarcations en fibre de verre, la distribution d’équipements de sécurité (gilets de sauvetage, transpondeurs AIS classe B, GPS), l’octroi de microcrédits, et la construction d’installations de transformation du poisson selon la technique FAO-Thiaroye.

En tant que présidente du Comité des Pêches pour le Centre-Ouest du Golfe de Guinée (CPCO), elle a défendu un instrument politique régional instaurant des saisons de fermeture conjointes de la pêche ainsi que la coordination de patrouilles halieutiques, adopté par six États d’Afrique de l’Ouest.

Grâce à des financements sous forme de subventions, elle a obtenu le premier navire de patrouille des pêches du Libéria, baptisé Lonestar. Elle a également signé un accord de coopération technique avec la Regional Maritime University (RMU) du Ghana afin de former des marins libériens destinés à travailler sur des navires de pêche opérant dans les eaux nationales et à l’international.

Sous son administration, le programme de pêche à la crevette a été relancé, entraînant une augmentation des recettes publiques, tandis que les navires thoniers battant pavillon libérien sont devenus un investissement majeur depuis 2021.

Elle a également facilité la première évaluation indépendante et complète des stocks halieutiques du Libéria depuis plus de 40 ans, en partenariat avec le gouvernement du Maroc.

Son mandat a aussi vu la création du premier programme universitaire en sciences des pêches et de l’aquaculture à l’Université du Libéria.

Sur le plan politique, elle a contribué à la ratification d’instruments internationaux clés, notamment l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port, à la mise à jour de la réglementation halieutique de 2010 et à l’élaboration de la loi nationale de gestion des pêches et de l’aquaculture. Le Libéria a par ailleurs adhéré à plusieurs organisations régionales de gestion des pêches, dont la Commission Baleinière Internationale (CBI) et ATLAFCO.

Enjeux pour le secteur maritime et de la pêche en Afrique

La décision de la LACC vient clore un épisode qui aura alimenté le débat sur la gouvernance publique et la stabilité institutionnelle dans un pays dont l’économie reste étroitement liée à la mer.

Pour le Libéria, acteur historique du transport maritime en Afrique via son registre international de navires, la crédibilité des institutions demeure un facteur clé pour attirer des investissements durables dans l’économie bleue en Afrique.

Plus largement, cette affaire souligne l’importance de cadres réglementaires solides, de mécanismes de contrôle indépendants et d’une gestion rigoureuse des financements internationaux pour soutenir la croissance du secteur maritime en Afrique, de la pêche artisanale aux grands flux commerciaux transitant par les ports africains.

Perspective régionale : vers une consolidation de l’économie bleue en Afrique

La clarification apportée par la LACC pourrait contribuer à restaurer la confiance des bailleurs et investisseurs engagés dans les projets halieutiques et maritimes en Afrique de l’Ouest.

À l’heure où les États africains accélèrent la structuration de leurs hubs maritimes africains, la modernisation des infrastructures portuaires et de pêche africaines et l’optimisation des corridors logistiques maritimes africains, la stabilité institutionnelle et la gouvernance demeurent des leviers déterminants.

Pour les décideurs, investisseurs et professionnels du transport maritime et de la pêche en Afrique, ce dossier rappelle que la performance économique du continent dépend autant de ses infrastructures que de la solidité de ses institutions.