La CEDEAO accueille un atelier stratégique de haut niveau sur la transition verte du secteur maritime et la mise en application de la Charte africaine révisée du transport maritime

Le siège de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), s’apprête à devenir les 24 et 25 mars 2026, l’épicentre des réflexions africaines sur la décarbonation et l’avenir du transport maritime sur le continent. En effet, il accueillera à Abuja, un atelier continental de validation consacré aux lignes directrices des ports verts, à la définition d’une position commune africaine sur la réduction des gaz à effet de serre, ainsi qu’à la mise en œuvre de la Charte africaine révisée du transport maritime.

Organisé conjointement par la Commission de l’Union Africaine (CUA) et la CEDEAO, avec l’appui de partenaires techniques internationaux tel que la GIZ, cet atelier réunira les principaux acteurs institutionnels, techniques et opérationnels du maritime africain autour d’un objectif commun : accélérer la décarbonation du secteur maritime et structurer le développement du transport maritime sur le continent.

Vers la validation du manuel/guide des lignes directrices sur les ports verts en Afrique et une position africaine commune sur la décarbonation maritime

Face à l’urgence climatique et à la nécessité de se conformer aux engagements de l’Accord de Paris ainsi qu’aux standards de l’Organisation maritime internationale, plusieurs ports africains ont déjà amorcé leur transition. Des initiatives concrètes émergent : alimentation électrique à quai, déploiement de terminaux solaires ou encore mise en place de systèmes de suivi des émissions.

Toutefois, ces avancées restent encore fragmentées. Une étude récente souligne que près de 75 % des autorités portuaires africaines n’ont pas actualisé leur réglementation sur les carburants alternatifs. Plus préoccupant encore, moins de 20 % des ports sont aujourd’hui prêts à accueillir des solutions de ravitaillement en hydrogène ou en ammoniac, tandis que moins de 15 % des personnels ont bénéficié d’une formation formelle sur les carburants à faible ou zéro émission.

Dans ce contexte, et à la suite des recommandations des ministres des Transports, la CUA a développé un programme ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est dans ce cadre qu’a été élaboré un manuel/guide continental fruit de l’engagement de la CUA à promouvoir une transition écologique maritime durable, des opérations portuaires résilientes face au changement climatique et un développement à faible émission de carbone.

Autre axe majeur de l’atelier : la validation de la position commune africaine sur la décarbonation du transport maritime et la réduction des émissions de GES. Cette démarche vise à harmoniser les positions du continent dans les négociations internationales, notamment au sein de l’Organisation maritime internationale. Dans un contexte où les réglementations environnementales mondiales se durcissent — avec des mécanismes envisagés pour taxer ou limiter les émissions du transport maritime — l’Afrique cherche à parler d’une seule voix.

L’objectif est multiple : défendre les intérêts du continent, garantir une transition énergétique juste et inclusive, et mobiliser les financements ainsi que les transferts de technologies indispensables à cette mutation. Pour les économies africaines, dont plus de 90 % du commerce extérieur transite par voie maritime, l’enjeu est aussi de préserver leur compétitivité face à des normes internationales de plus en plus contraignantes.

Les participants à l’atelier d’Abuja auront ainsi la responsabilité de valider le manuel appelé à faire des ports africains de véritables hubs écoresponsables, tout en veillant à ce que la transition écologique ne se transforme pas en contrainte supplémentaire pour le continent, mais devienne au contraire un levier de transformation économique. Cette étape décisive devrait ouvrir la voie à un déploiement coordonné et à grande échelle sur l’ensemble du continent, permettant à l’Afrique de tracer une trajectoire équilibrée entre impératif climatique et réalités de développement, en conciliant souveraineté, compétitivité et durabilité.

La mise en œuvre de la Charte africaine révisée du transport maritime au cœur des priorités

Au-delà des enjeux environnementaux, l’atelier s’inscrit également dans une dynamique institutionnelle majeure : l’entrée en vigueur récente de la Charte africaine révisée du transport maritime. Adoptée en 2010 à Kampala par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, cette réforme stratégique est devenue juridiquement effective le 14 août 2025, après le dépôt du quinzième instrument de ratification par l’Ouganda.

Cette avancée marque une étape décisive dans la consolidation de la gouvernance maritime du continent. Elle traduit surtout la volonté des États africains de repositionner le transport maritime comme un levier essentiel d’intégration régionale, de facilitation du commerce et de développement économique durable.

Désormais entrée dans sa phase opérationnelle, la Charte appelle à des actions concrètes. Il ne s’agit plus seulement d’un cadre normatif, mais d’un instrument à traduire en politiques publiques, en réformes institutionnelles et en investissements structurants. C’est précisément dans cette optique que les discussions d’Abuja prendront tout leur sens, en offrant une plateforme aux États membres, aux organisations régionales et aux partenaires techniques pour échanger sur les mesures pratiques à engager.

En amont de cette rencontre, un dialogue virtuel des parties prenantes, organisé le 2 février 2026 par la CUA en collaboration avec la GIZ, a permis de dresser un premier état des lieux et d’identifier des pistes concrètes pour une mise en œuvre effective de la Charte. Ce travail préparatoire servira de base aux échanges en présentiel et devrait déboucher sur des contributions consolidées définissant la voie à suivre.

À Abuja, les acteurs du secteur devront ainsi se pencher sur plusieurs défis clés : l’alignement des cadres réglementaires nationaux, le renforcement des capacités institutionnelles, la mobilisation des financements et l’amélioration de la coordination entre les États membres. L’objectif est clair : éviter que cette Charte ne reste lettre morte et en faire un véritable moteur de transformation du secteur maritime africain, au service d’une intégration plus poussée et d’une croissance durable.

Un signal fort dans un contexte de pression internationale

La tenue de cet atelier à Abuja envoie un signal fort : l’Afrique entend peser dans la gouvernance mondiale du transport maritime, tout en accélérant sa propre transition écologique.

Dans un secteur où les investissements sont lourds et les normes en constante évolution, la coordination continentale apparaît désormais comme une nécessité stratégique. Cet atelier pourrait ainsi marquer une étape décisive vers une maritimisation durable de l’économie africaine.

Par Carlos Kpodiefin