L’Afrique australe trace sa route vers le leadership océan-climat avant le Sommet de Mombasa

Seize nations réunies à Johannesburg pour bâtir un agenda commun sur l’océan et le climat — de la gouvernance des pêches à l’éolien offshore — alors que la région se prépare à prendre la parole à la Conférence Notre Océan.

Le 25 mars 2026, des délégations gouvernementales et des parties prenantes représentant les seize États membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) se sont réunies à Johannesburg pour une journée de briefing sur l’océan et le climat, qui pourrait marquer l’un des tournants les plus décisifs de l’approche de la région face à son avenir maritime. Organisée à l’invitation de la SADC et facilitée par l’Ocean Resilience and Climate Alliance (ORCA), cette session a rassemblé décideurs politiques, scientifiques et praticiens du développement autour de quatre domaines prioritaires : la gouvernance des pêches, les plans climatiques nationaux intégrant l’océan, l’élimination marine du dioxyde de carbone, et l’énergie éolienne offshore.

L’événement a posé les bases d’un moment décisif prévu en juin prochain, lorsque les pays de la SADC devraient annoncer des engagements majeurs sur l’océan et le climat lors de la Conférence Notre Océan à Mombasa — l’un des forums internationaux les plus importants pour la politique maritime et l’investissement.

« Avec 16 États membres, dont beaucoup sont des nations côtières ou insulaires, la Communauté de développement de l’Afrique australe dispose à la fois de l’exposition et de l’opportunité pour prendre la tête de l’action océan-climat. La prochaine phase est concrète — renforcer la gouvernance des pêches, intégrer les océans dans les plans climatiques nationaux, et débloquer les investissements dans l’éolien offshore et les technologies émergentes. Nous sommes convaincus que le bon cadre politique est le point de bascule — une fois cette fondation en place, l’investissement et la mise en œuvre peuvent s’accélérer rapidement. »

S.E. Dr. Paubert Tsimanaoraty Mahatante · Ancien Ministre des Pêches et de l’Économie Bleue, Madagascar & Champion ORCA

 

16

États membres de la SADC engagés

 

90%

de l’emploi mondial dans la pêche assuré par la pêche artisanale

 

35%

contribution potentielle des solutions océaniques aux réductions d’émissions mondiales d’ici 2050

30%

des émissions mondiales de CO absorbées chaque année par l’océan

Protéger l’épine dorsale bleue : la gouvernance des pêches

Pour des millions de personnes vivant sur les côtes africaines, la pêche artisanale n’est pas une abstraction — c’est la frontière entre la sécurité alimentaire et la pauvreté. Représentant près de quatre-vingt-dix pour cent de l’emploi mondial dans le secteur des pêches, elle demeure un pilier vital pour les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des États côtiers africains. Pourtant, ce secteur fait face à des menaces croissantes : la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), la surpêche, la dégradation des écosystèmes, la pollution, la migration des ressources et le changement climatique — autant de pressions qui convergent vers les mêmes communautés fragiles.

Les participants à Johannesburg ont débattu de pistes concrètes pour renforcer les cadres de gouvernance, notamment la création de zones de pêche exclusives côtières, une plus grande transparence dans la gestion des pêches et des systèmes améliorés de suivi, de contrôle et de surveillance. Les échanges se sont appuyés sur des avancées déjà en cours : le Cabo Verde, la Mauritanie, le Ghana, le Sénégal, les Seychelles et Madagascar figurent parmi les nations africaines qui ont déjà engagé des mesures de transparence significatives, offrant un modèle à leurs voisins.

Pourquoi la transparence dans les pêches est essentielle
La transparence dans la gestion des pêches — savoir qui pêche, où et en quelle quantité — est le fondement d’une exploitation durable des ressources. Sans elle, la pêche INN prospère et ce sont les communautés côtières qui en paient le prix. Plusieurs pays de la SADC mettent activement en œuvre l’Initiative pour la transparence dans les pêches (FiTI), et Madagascar vient de publier son troisième rapport de progrès démontrant des améliorations constantes.

Intégrer l’océan dans les plans climatiques nationaux

Le premier Bilan mondial à la COP28 a rendu un verdict alarmant : le monde n’est pas sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris. Pourtant, il existe une ressource immense et sous-utilisée dans la lutte contre le changement climatique — l’océan lui-même. Des secteurs clés, notamment les énergies renouvelables offshore, le transport maritime bas-carbone, les systèmes alimentaires aquatiques durables et l’élimination responsable des hydrocarbures offshore, offrent un formidable potentiel de réduction des émissions tout en générant des co-bénéfices pour les écosystèmes et les communautés.

Le Groupe de travail pour la mise en œuvre des CDN Bleues, lancé en marge de la COP30 par la France et le Brésil et rejoint désormais par plus de dix pays — dont Madagascar, les Seychelles et le Kenya dans la région SADC — s’efforce de transformer ce potentiel en réalité politique. L’initiative aide les nations à intégrer des mesures fondées sur l’océan dans leur prochain cycle de Contributions déterminées au niveau national (CDN), accélérant ainsi la réduction des émissions, le renforcement de la résilience et la protection des communautés côtières vulnérables. Les participants à Johannesburg ont été invités à renforcer leur engagement avec ce groupe de travail, les facilitateurs soulignant que les solutions océaniques pourraient contribuer jusqu’à trente-cinq pour cent des réductions d’émissions mondiales nécessaires d’ici 2050.

Malgré ce potentiel, l’océan ne reçoit actuellement moins d’un pour cent du financement climatique mondial. Le Groupe de travail entend changer cela en démontrant — en termes politiques et chiffrés — que les secteurs océaniques doivent être au cœur des stratégies climatiques nationales.

Quatre piliers d’action

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Pêche artisanale & Transparence

Zones de pêche exclusives côtières, surveillance renforcée et réformes de gouvernance pour protéger les moyens de subsistance côtiers tout en luttant contre la pêche INN dans les eaux de la SADC.

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Défi des CDN Bleues

Intégration des priorités océaniques — énergies renouvelables offshore, transport bas-carbone, carbone bleu — dans les plans climatiques nationaux avant les échéances de la COP.

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Élimination marine du CO₂

Recherches en phase initiale sur l’exploitation de la capacité naturelle de l’océan à séquestrer le carbone, avec des institutions africaines à la tête de la gouvernance et de l’encadrement scientifique.

💨

Énergie éolienne offshore

Valoriser les immenses ressources éoliennes côtières de l’Afrique pour fournir une énergie propre et abordable, et créer des emplois — pierre angulaire d’une transition énergétique juste pour la SADC.

L’océan comme solution climatique : la capture marine du carbone

L’océan contient déjà plus de carbone que n’importe quel autre endroit sur Terre — et de nouvelles recherches suggèrent qu’il pourrait faire bien davantage. Des innovations qui exploitent les processus biologiques, chimiques et physiques naturels de l’océan pourraient théoriquement éliminer jusqu’à huit milliards de tonnes de CO₂ par an d’ici le milieu du siècle. Mais cette technologie en est à un stade précoce et critique, où la gouvernance et l’acceptabilité sociale doivent être construites en parallèle des capacités scientifiques — et non après.

L’initiative « Advancing Marine Carbon Sequestration » d’ORCA construit précisément cette infrastructure : des cadres scientifiques, des normes de gouvernance et la légitimité sociale nécessaires à un déploiement responsable. L’initiative élabore des standards robustes de suivi et de vérification afin que toute future affirmation sur la capture de carbone soit crédible, comparable et fiable — et veille à ce que les communautés côtières et les acteurs de la conservation aient une voix réelle avant que le déploiement ne s’accélère.

Le rôle de l’Afrique dans ce domaine émergent est en pleine croissance. À travers l’Ocean Climate Innovation Hub de l’Université de Mombasa, le Laboratoire d’innovation sud-africain pour la résilience océan-climat (SAILOR) et un réseau d’institutions de recherche et d’anciens étudiants, les scientifiques africains contribuent aux questions de recherche qui détermineront si l’élimination marine du dioxyde de carbone peut jouer un rôle sûr et responsable dans l’action climatique mondiale.

Exploiter le potentiel éolien offshore de l’Afrique

L’Afrique est un continent bleu. Avec trente-huit États côtiers et insulaires et d’immenses ressources océaniques largement inexploitées, le continent est assis sur l’une des plus importantes opportunités d’énergie renouvelable au monde. L’éolien offshore — qui transforme déjà les systèmes énergétiques en Europe et prend pied en Asie — pourrait faire de même pour le littoral austral de l’Afrique, en fournissant une énergie propre et abordable, en créant des emplois et en protégeant les écosystèmes marins si son développement est mené de façon responsable.

Les participants de la SADC ont discuté des conditions nécessaires pour lancer des projets concrets : des cadres politiques cohérents, des infrastructures de réseau et un accès à des financements abordables. Des enseignements tirés des marchés éoliens offshore émergents dans des contextes comparables ont été partagés, ainsi que le potentiel des mécanismes de collaboration régionale tels que l’Alliance mondiale pour l’éolien offshore, pour canaliser le soutien technique et financier dont les marchés émergents ont besoin. Le message était sans équivoque : l’éolien offshore n’est pas une aspiration lointaine pour la région SADC — c’est une opportunité à court terme, à condition que les fondements politiques soient établis dès maintenant.

La route vers Mombasa : une région prête à diriger

La journée de briefing de Johannesburg était, par conception, préparatoire. Son objectif était de doter les gouvernements de la SADC des connaissances politiques et de la confiance mutuelle nécessaires pour prendre des engagements significatifs lors de la Conférence Notre Océan à Mombasa en juin prochain — un rassemblement international majeur où des promesses, des partenariats et des annonces d’investissements dans l’océan devraient redessiner le paysage de la gouvernance pour les années à venir.

Délégués et facilitateurs étaient unanimes dans leur analyse : aucune solution unique ne suffira à répondre à l’ensemble des pressions qui pèsent sur les océans et les communautés côtières de la région. La gestion durable des pêches, la politique climatique intégrée et l’investissement dans les technologies océaniques émergentes doivent progresser ensemble. Mais la dynamique observée à Johannesburg était palpable, et la volonté de transformer les discussions en actions concrètes à Mombasa était indiscutable.

Pour les pays de la SADC, la conférence représente une rare convergence d’opportunités : une solidarité régionale forte, un appétit mondial croissant pour les investissements dans l’océan et le climat, et une fenêtre — avant que les nouveaux cycles de CDN ne se ferment et que les pipelines d’investissement ne soient figés — pour façonner les termes de l’engagement dans leur propre intérêt.

À propos d’ORCA — Ocean Resilience & Climate Alliance
ORCA est un collectif philanthropique mondial lancé en 2023 pour accélérer les solutions fondées sur l’océan face à la crise climatique. Il rassemble des bailleurs de fonds, des organisations de redistribution et des partenaires de première ligne autour d’un portefeuille ciblé couvrant les énergies renouvelables offshore, la décarbonation du transport maritime, les écosystèmes de carbone bleu, l’élimination marine du CO₂, la conservation de l’Arctique et la gestion communautaire de l’océan dans les pays du Sud.Opérationnel de 2023 à 2028, ORCA vise à déployer 500 millions de dollars US en soutien à l’action océan-climat. À fin 2025, l’Alliance avait déjà acheminé plus de 170 millions de dollars US à 16 partenaires principaux, soutenant plus de 100 sous-bénéficiaires dans plus de 40 pays.Lors de la journée de briefing à Johannesburg, ORCA était représenté par son Directeur, le Dr Alasdair Harris, et par le Champion ORCA, le Dr Paubert Mahatante.