Cela n’arrive qu’aux autres… vraiment ?
Dans les zones portuaires, les catastrophes ne sont jamais le fruit du hasard. Elles résultent souvent d’un cocktail bien connu : ignorance, non-respect des règles de sécurité et négligence. Et pourtant, les marchandises en cause sont parmi les plus dangereuses qui soient : liquides inflammables, explosifs, comburants, toxiques ou radioactifs.
La conteneurisation a révolutionné la logistique mondiale. Rapidité, efficacité, optimisation des flux… les avantages sont indéniables. Mais elle a aussi un angle mort : l’opacité.
Un conteneur, c’est comme un iceberg. On n’en voit que la surface. Ce qui se passe à l’intérieur — la façon dont la marchandise est empotée, sécurisée ou déclarée — reste largement invisible. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : à peine 8 % des conteneurs sont contrôlés dans le monde.
Alors, sur quoi repose le système ? Principalement sur la déclaration de l’expéditeur, la description des marchandises, type d’emballage, quantités, certificat d’empotage… Mais une question s’impose : peut-on réellement garantir la sécurité sur la base de simples déclarations ?
Les faits récents rappellent brutalement les limites de ce modèle :
- Beyrouth : un stockage prolongé de nitrate d’ammonium a provoqué une explosion dévastatrice.
- Tianjin (2015) : un incendie dans un entrepôt de produits chimiques a ravagé une zone portuaire entière.
- Shahid Rajaee (2025) : une mauvaise gestion de matières dangereuses a conduit à une nouvelle catastrophe.
À chaque fois, le bilan est lourd : des dizaines de victimes, des millions de dollars de pertes… et des leçons souvent oubliées.
Peut-on faire autrement ? Oui. Mais à une condition : changer de mentalité.
Trop d’organisations considèrent encore la sécurité comme un coût. C’est une erreur stratégique.
La sécurité est un investissement invisible… jusqu’au jour où elle sauve des vies, évite une explosion ou empêche une catastrophe environnementale. Et ce jour-là, elle devient inestimable.
Le cadre réglementaire existe. Le Code IMDG est clair : toute personne impliquée dans la chaîne logistique des marchandises dangereuses doit être formée — et régulièrement recyclée.
Mais la conformité sur papier ne suffit pas.
Sur le terrain, cela implique :
- Du personnel formé et vigilant,
- Des équipements contrôlés,
- Une séparation rigoureuse des produits incompatibles,
- Des capacités d’intervention rapide en cas d’incident.
Et surtout : une réelle volonté des autorités et des décideurs.
Car sans contrôle, sans sanctions, sans présence active… la réglementation reste théorique.
L’autre face de l’iceberg, c’est la responsabilité de l’expéditeur. Elle est centrale. Elle doit être engagée, suivie et, si nécessaire, sanctionnée.
De leur côté, les autorités portuaires doivent garantir la conformité visible (marquage, placardage), mais aussi être prêtes à aller plus loin en cas de doute.
Une autre réalité doit être acceptée : le risque zéro n’existe pas.
D’où l’importance de disposer d’équipes spécialisées (Hazmat), capables d’intervenir efficacement pour contenir un incident avant qu’il ne devienne incontrôlable car après une fuite ou un déversement, une autre bataille commence : celle de la dépollution, de la récupération et du traitement des déchets dangereux — un processus complexe, coûteux et hautement technique.
Le transport de marchandises dangereuses n’est pas une simple opération logistique. C’est une activité à très haut risque majeur.
Et tant qu’elle sera perçue comme une routine, les catastrophes continueront.
La vraie question n’est pas “si”, mais “quand”… et surtout : sommes-nous prêts ?
Mounir Fekhikheri, Expert en réglementation pour le transport de marchandises dangereuses
Formateur agréé – Directeur Général de Secu Transport
secu.transport.info@gmail.com


