On m’a dit de ne pas faire de vagues. J’ai fini par quitter le navire. – Témoignage inspiré de situations réelles
Nathalie – Ancienne marin, 34 ans
« J’ai grandi au bord de la mer. Depuis petite, je regardais les navires quitter le port et je me disais : un jour, moi aussi, je serai là-dedans. Pas à quai. À bord. »
À 27 ans, Nathalie réalise ce rêve. Diplômée d’un brevet de marin, elle intègre une compagnie maritime régionale et embarque sur un navire de commerce. Elle est l’une des rares femmes à bord. Au début, elle y voit une fierté.
« Les premières semaines, je me concentrais sur mon travail. Je voulais prouver que j’avais ma place. Mais très vite, les remarques ont commencé. Des commentaires sur mon corps, des gestes que je ne sollicitais pas. Un supérieur qui revenait souvent dans les espaces où je me trouvais seule. J’essayais de minimiser. De me dire que c’était le milieu, qu’il fallait s’y faire. »
Elle cherche à en parler à bord. Impossible. « Aller voir la direction, c’était risquer mon contrat. Les autres marins me conseillaient de me taire, de ne pas faire de vagues — c’est le cas de le dire. L’un d’eux m’a dit que si je parlais, on dirait que je n’étais pas faite pour ce métier. »
De retour à terre, Nathalie se tourne vers l’association de femmes du secteur maritime à laquelle elle adhère depuis son diplôme. Elle espère y trouver une oreille, un soutien, peut-être une démarche collective.
« J’ai essayé d’aborder le sujet lors d’une réunion. On m’a répondu que l’association avait d’autres priorités — la visibilité des femmes, le réseautage, les formations. Le harcèlement, c’était « personnel ». On m’a suggéré d’en parler à ma famille. »
Elle se retrouve seule. Sans recours. Après deux ans à bord, épuisée et sans perspective de protection, Nathalie démissionne. Elle trouve un poste administratif dans une entreprise de logistique. Un travail correct. Mais pas la mer.
« J’ai abandonné mon rêve parce qu’il n’y avait personne pour m’aider à le défendre. Ce n’est pas normal.
Son plaidoyerAujourd’hui, Nathalie plaide pour la création d’unités d’écoute au sein des associations de femmes du secteur maritime — des espaces confidentiels, animés par des personnes formées, où les professionnelles peuvent signaler des situations de harcèlement sans craindre d’être jugées ou ignorées.« Une association de femmes doit être un filet de sécurité, pas seulement une vitrine. Si nous ne nous protégeons pas entre nous, qui le fera ? » |


