Le parking PAD-AGS, un grand pas vers la décongestion du port de Dakar

Interview de M. Amadou Racine DIA, Conseiller Technique auprès du Directeur Général, Actuellement Directeur de l’Exploitation du Port Autonome de Dakar

Cette interview a été effectuée le 24 Décembre 2019 par notre rédactrice en Chef.

  • Présentez-vous à nos lecteurs

Je m’appelle Amadou Racine DIA, Directeur de l’Exploitation du Port Autonome de Dakar, en charge de la coordination du projet gestion des flux des camions.

  • Alors, pourquoi était-il important d’initier le projet parking PAD-AGS ?

Aujourd’hui, le trafic maritime mondial connaît une évolution sans précédent et les ports sont dans l’obligation de se moderniser pour survivre dans l’intensité concurrentielle internationale. Quand nous remontons sur les statistiques historiques du Port, nous avons enregistré un total de 5 millions de tonnes en 1994 et en 2018 le tonnage global est estimé à 19 225 000. Actuellement, si les tendances se confirment, en 2019 le Port de Dakar va atteindre pour la première fois près de 20 millions tonnes.

Cette évolution importante du tonnage global se traduit par une augmentation du nombre de camions qui fréquente le port. En 1994, nous avions 450 entrées de camions par jour et en 2018, le port de Dakar a enregistré en moyenne 1 874 entrées de camions par jour avec des pics pouvant atteindre jusqu’à 2300 entrées de camions.

La prise de fonction du Directeur Général, M. Aboubacar Sédikh BEYE a démarré par un diagnostic global du fonctionnement du port. À l’issue de ce bilan diagnostic, il a élaboré son plan stratégique 2019-2023 pour faire du Port de Dakar, un port moteur de l’émergence. Ce plan stratégique est décliné en plusieurs projets quick-win, parmi lesquels nous pouvons citer : la gestion des flux de camions, la création d’un port sec, la réhabilitation de la voirie et le plan de circulation, l’optimisation des zones de stockage, etc. Ces projets cités concourent à la décongestion du Port de Dakar.

Le projet de gestion des flux de camions a démarré par la réalisation d’une étude baseline pour une maîtrise des flux de camions accédant à l’intérieur du port, suivi d’une évaluation portant sur les déterminants de la congestion. Il est ressorti de cette étude que les camions durent en moyenne 13,7h à l’intérieur du port avec des pics pouvant atteindre 72h.

La congestion au Port de Dakar est  justifiée par plusieurs facteurs. On peut citer entre autres : la gestion manuelle de l‘accès des camions avec la délivrance de macarons ou de tickets d’accès journaliers. Il y a aussi l’absence de coordination entre le manutentionnaire et le transporteur, les lenteurs dans les procédures administratives. À cela s’ajoutent, le stationnement abusif des camions à l’intérieur et aux alentours du Port, l’absence de parking d’attente pour la réception des camions en approche d’enlèvement de la marchandise.

  • Parlez-nous justement des autres projets qui viendront s’ajouter à celui de la gestion des flux de camions dans la lutte contre la congestion au Port de Dakar

La gestion des flux de camions n’est pas la solution définitive de la congestion au Port de Dakar. Comme cités plus haut, nous avons aussi la réalisation du Port sec qui va permettre de retenir en dehors de la région de Dakar, au moins 450 camions en provenance des pays de la sous-région. L’acheminement des marchandises du Port de Dakar vers ce Port sec se fera par voie ferrée.

Par ailleurs, nous avons le projet de la voirie et du plan de circulation qui va faciliter la mobilité des camions à l’intérieur du Port. Ce projet s’inscrit dans le cadre de la réhabilitation de la voirie du Port et un élargissement des voies de circulation.

En outre, l’optimisation des zones de stockage constitue aussi un projet capital pour la fluidité et s’inscrit dans le cadre de l’aménagement des espaces dédiés à la réception de la marchandise et des parkings tampons. Ces parkings seront utilisés pour les camions en approche d’enlèvement des marchandises et ceux en attente des formalités administratives. Ce qui va occasionner l’élimination du stationnement des camions à l’intérieur et aux alentours du Port.

Un autre projet d’une importance capitale est le Guichet unique portuaire, qui va permettre aujourd’hui une fois que les opérations douanières sont déclenchées, de générer ce qu’on appelle un Bordereau à Frais Unique (BFU) et que l’ensemble des redevances qui ont trait à l’enlèvement de la marchandise soient régularisées par le chargeur lui-même au niveau d’une banque. Avec ce système, tous les paiements seront centralisés que ce soient les taxes douanières, redevance droit de port, les frais de consignation, les frais de manutention, etc.

  • Dites-nous, quel est votre rôle au sein de tous ces projets ?

Le Directeur Général a eu l’honneur de me désigner le sponsor chargé de la coordination des projets sur la gestion des flux de camions et le Port Central Intelligence. Des comités techniques ont été mis en place à cet effet, chargés de mettre en œuvre les plans d’actions des projets.

Je tiens à souligner que dans le cadre de la gestion des flux de camions, nous avons adopté une démarche participative pour impliquer l’ensemble des parties intéressées internes et externes concernées par ce projet. Nous avons travaillé en parfaite collaboration avec les autorités étatiques telles que la Préfecture de Dakar, la Douane, la Gendarmerie, le Commissariat Central, le Commissariat de Bel air, etc. Des séances de travail et de sensibilisation ont été aussi organisées avec l’ensemble des acteurs portuaires : armateurs, concessionnaires, manutentionnaires, transitaires, transporteurs, etc.

Un comité de pilotage (COPIL), constitué de l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus de gestion des flux de camions, a été mis en place pour veiller au bon déroulement des activités liées à la régulation du trafic.

  • Comment fonctionnera de façon pratique, ce nouveau parking ?

Il faut d’abord noter que le système de gestion des flux de camions permet aux transporteurs d’accéder au Port que seulement sur rendez-vous.

La première étape consiste à la création de compte des transporteurs dans la plateforme informatique d’AGS et ils sont tenus d’enregistrer leur flotte de camions. Le transporteur doit d’abord créer une mission (demander un rendez-vous). Cette demande est transmise par l’administration du parking au manutentionnaire qui confirme si le camion est attendu au niveau de ses installations. L’administration du parking est chargée de notifier au transporteur la date et l’heure d’accès du camion au niveau des installations portuaires. Le transporteur reçoit alors une confirmation via son téléphone portable ou tout outil informatique connecté au système d’AGS.

Le système de gestion des flux de camions présente deux (02) approches : le système de parking physique et le système du parking virtuel.

– Sont éligibles au parking physique, tous les camions qui font moins de deux rotations par jour. Il s’agit principalement des camions plateaux à l’import et au transit et des camions-citernes. Avant d’accéder au Port, ces camions munis d’un rendez-vous, passent d’abord par le parking PAD-AGS en attente du signal du manutentionnaire. Ils se dirigeront vers les installations portuaires lorsque le manutentionnaire valide leur arrivée.

– Sont éligibles au parking virtuel, tout camion qui fait plus de deux rotations par jour. Il s’agit principalement des camions de transfert de conteneurs entre les ICD et les terminaux, des camions destinés à l’export, des reefers et dans certaines mesures les camions qui transportent les produits dangereux. Par ailleurs, les camions à destination de la zone Sud sont aussi éligibles à ce système.

Toutefois, il convient de noter que pour des besoins de régulation du trafic, tout type de camion peut être orienté vers le parking en cas de nécessité.

  • Quels seront les tarifs d’accès des camions ?

Le conseil d’administration s’est réuni au mois de décembre 2019 et a validé les tarifs maximums d’accès de camions. Nous procédons à présent à des négociations avec tous les acteurs pour retenir ensemble des tarifs d’accès communs.

Cependant, les phases test ont démarré pour permettre à l’ensemble des acteurs de se familiariser des nouvelles conditions d’accès.

  • Quel système informatique utilisez-vous pour le parking PAD-AGS ?

Nous ne tenons pas à dévoiler le système informatique développé dans le cadre de ce projet. Nous attribuons nos sincères remerciements au Port Autonome de Cotonou, en l’occurrence M. AGNILA, Directeur des Systèmes d’Informations (DSI) qui a bien voulu partager avec nous le fonctionnement du processus de gestion des flux de camions.

Durant notre séjour de 3 jours à Cotonou, nous avons trouvé un système vraiment exemplaire, un système fonctionnel avec un guichet unique. Ils ont un parking, « la bande des 250 », qui se trouve à l’intérieur du Port de Cotonou, et un système bien coordonné entre le manutentionnaire et les transporteurs à l’intérieur du Port de Cotonou.

  • Où sera donc situé le parking tampon prévu à l’intérieur du Port de Dakar ?

Nous allons procéder très prochainement à la démolition de 4 gros hangars, d’une superficie estimée à 7ha, situés à la porte d’entrée du môle 4. Ces espaces seront aménagés et destinés à la réception des camions prêts à accéder au niveau des terminaux et ceux en attente des formalités administratives.

 

  • En tant que coordonnateur du projet, quels sont les challenges auxquels vous avez fait face lors de sa réalisation ?

Le challenge est surtout, de faire adhérer l’ensemble des parties prenantes internes comme externes. Les parties prenantes internes (l’ensemble des directions sectorielles du PAD) ont été sensibilisées et impliquées sur les différentes activités du projet.

Par ailleurs, des séances de travail et de présentation ont été organisées avec les autorités étatiques telles que la Préfecture, la Douane, la Gendarmerie, la Police ainsi que les acteurs portuaires (armateurs, concessionnaires, manutentionnaires, transitaires et transporteurs).

  • Quelle est la durée de la concession du parking PAD-AGS ?

La durée de la concession du parking PAD-AGS est de 5 ans renouvelable.

  • Est-ce qu’il y a des informations supplémentaires que vous aimeriez faire connaître à nos lecteurs sur ce projet ?

J‘aimerais lancer un appel à tous les acteurs portuaires à adhérer à ce projet qui est d’une importance capitale pour notre économie. Le projet de gestion des flux de camions recouvre un ensemble d’avantages et ses impacts seront ressentis sur le plan économique comme environnemental.

Les retombées économiques de ce projet sont nombreuses et concernent l’ensemble des acteurs de la chaîne logistique. Le nombre de rotation actuel des camions est estimé en moyenne à 1,6 rotation par jour et à travers un système de prise de rendez-vous, il est attendu au moins 2 à 3 rotations par jour. Ce qui entraînera une augmentation de la productivité pour l’ensemble des acteurs impliqués dans la chaîne logistique portuaire.

Sur le plan environnemental, il importe de constater que le port de Dakar est ceinturé par la ville où les camions et véhicules particuliers partagent les mêmes voies. Par ailleurs, le stationnement des camions aux alentours du port est aussi un facteur déterminant à cette congestion. L’équipe projet a travaillé en rapport avec la Préfecture de Dakar pour la diffusion d’un arrêté préfectoral interdisant le stationnement des gros porteurs aux alentours du port. Cette approche permettra de décongestionner l’espace portuaire et l’ensemble des dessertes menant vers le port de Dakar.

  • Votre mot de fin

Je remercie Pascaline ODOUBOUROU, la fondatrice de Maritimafrica et son équipe et au nom du Directeur Général, Aboubacar Sedikh BEYE, je remercie l’ensemble des acteurs portuaires (Armateurs, concessionnaires, manutentionnaires, transitaires et transporteurs) qui ont contribué à la réalisation du projet de gestion des flux de camions.

 

Auteur de l’article : admin

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