Carnet Bleu de Carlos Kpodiefin (Chroniques d’une immersion dans l’économie bleue africaine) : Le bleu me va si bien, ou comment je me suis laissé happer par l’économie bleue…

Quand j’étais enfant, j’étais fasciné par la couleur rouge. Puis, en grandissant, deux couleurs s’y sont ajoutées : le noir et le blanc. Comme j’aimais me décrire à qui voulait l’entendre : je passais d’un extrême à l’autre, du yin au yang, avec, en filigrane, une passion rouge

Mais, quelque part, tapi dans l’ombre, une autre couleur me guettait et s’était sûrement juré d’avoir ma peau. Tout a commencé par cette fascination que j’ai toujours eue pour la mer. Au collège, lorsque j’ai découvert la poésie, un ami et moi passions notre temps libre au bord de l’eau, lui consacrant des poèmes que nous rêvions d’enregistrer avec le bruit des vagues en fond sonore… (en y repensant, je devrais ressusciter ce projet).

Mais tout s’est véritablement déclenché plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler sur le projet Maritimafrica avec Pascaline ODOUBOUROU, d’abord comme consultant en stratégie de développement. Pour moi, c’était simplement un projet de plus à lancer avant de passer à autre chose. Mais c’était mal connaître ce secteur et ses sortilèges. Comme le dit mon cher Mahmoud NEDJAI — je le cite de mémoire: « Le secteur maritime est très jaloux : quand on s’y engage, on n’en sort plus. »

En travaillant sur le lancement et le développement de Maritimafrica, je devenais, sans m’en rendre compte, de plus en plus bleu. Lorsque le projet fut lancé et qu’il fallut trouver un journaliste pour le faire vivre et mettre en œuvre les stratégies que j’avais conçues, je me suis, une fois encore, laissé piéger par cette couleur qui avait décidé de m’embarquer coûte que coûte. Et, sans trop réfléchir, j’ai fait le grand saut. Depuis, chaque fois que je veux revenir à la berge, il y a toujours une rencontre, une découverte, qui me pousse à plonger encore plus profond dans ses eaux bleutées.

De Cotonou à Dakar, en passant par Lomé, Kinshasa, Abidjan, Addis-Abeba, Accra, Douala, Alger, Banjul, Lagos, Abuja… le bleu, tel une courtisane patiente, a entrepris de me séduire au fil des forums, conférences et symposiums, jusqu’à m’avoir tout entier. Il a même, semble-t-il, mobilisé des complices pour me faire naviguer toujours plus loin et m’obliger à découvrir ses trésors, et tout ce qu’il promet à l’Afrique.

Au-delà de Pascaline ODOUBOUROU, qui a allumé l’étincelle de ce désir pour le bleu, il y a eu Yvonne MOYU’ TAGNE qui, à travers son parcours, les informations et les contacts qu’elle a partagés, m’a constamment poussé à explorer davantage les profondeurs de ce monde. Parmi les autres « agents du bleu » figure Mme Agnes EBO’O, qui, à travers le projet PASSMAR, m’a permis de vivre des rencontres extraordinaires à Kinshasa. Mon passage à Kinshasa, en 2022, a constitué une escale déterminante dans la consolidation de cette passion.

Il y a aussi ces passionnés qui, au détour d’une discussion ou d’une collaboration, m’inoculaient le virus : le Dr. Damien AHOUANDOKOUN, dont l’acharnement à faire rayonner les filières bleues au Bénin et en Afrique me fascine ; ou encore Fulgence ZINSOU, qui — chose rare sous nos latitudes — ne se contente pas de rêver grand, mais met toute son énergie à appareiller vers les sommets.

À Alger, lors de mon premier voyage en Afrique du Nord, à l’occasion du Forum Maritime d’Alger organisé par Mahmoud NEDJAI, j’ai découvert des professionnels passionnés qui m’ont accueilli comme un membre du « clan bleu ». Pour la première fois, je ressentais un véritable sentiment d’appartenance à une communauté maritime, en tant que journaliste.

Dans mon exploration des grands fonds du secteur, j’ai découvert des perles rares comme le Professeur Martin NDENDE, le Ministre Kokou Edem TENGUE, le Colonel Andre CISEAU, le Dr. Paul ADALIKWU, le Colonel Cyrille Serge  ATONFACK GUEMO et, plus récemment, l’ex-ministre malgache Paubert Tsimanaoraty MAHATANTE — des hommes animés d’un désir insatiable de transformer le secteur maritime sur notre continent, prêts à soutenir toute initiative allant dans ce sens. Une denrée encore trop rare en Afrique.

Cette année, de Banjul à Abuja, en passant par Lagos, j’ai rencontré des professionnels du bleu qui transforment profondément leur secteur sans faire la moitié du bruit des opportunistes qui n’y viennent que pour capter les financements liés au développement de l’économie bleue. J’ai surtout rencontré à Lagos des femmes qui, loin de se contenter de dénoncer leur faible représentativité dans les industries maritimes, agissent et produisent des résultats concrets avec leurs propres ressources. Elles n’attendent pas : elles tracent leur cap, créent, font grandir des idées, des projets, des entreprises — et le font avec une détermination qui force le respect.

Tel un plongeur, je suis allé de découverte en découverte, d’émerveillement en émerveillement. Et même si, comme en mer, certaines rencontres peuvent être déstabilisantes, j’ai toujours envie d’aller plus en profondeur, d’explorer de nouveaux horizons maritimes.

En sept ans, je me suis laissé prendre comme un débutant — calmement, sûrement, vague après vague. J’ai dû me rendre à l’évidence en ce début d’année : je suis devenu un journaliste et communicateur bleu, sans l’avoir prémédité. Cette prise de conscience, si elle me fait sourire, m’impose aussi un devoir : apprendre encore, me former davantage…

Ce qui me fascine dans ce domaine, c’est qu’il englobe une multitude d’autres secteurs qui m’ont toujours passionné et qui sont cruciaux pour le développement de l’Afrique : la logistique, l’éducation, l’énergie, le tourisme, et j’en passe…

Ah, sacré bleu !

Carlos Kpodiefin – Directeur de Rédaction / Maritimafrica